Destination Buenos Aires | Festival de Lanaudière
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Destination Buenos Aires

24 juillet, 2021

Oeuvres

Artistes

  1. VIVALDI Sinfonia de L’Olimpiade, RV 725
    (1678-1741) Allegro – Andante – Allegro – Allegro molto
  2. DURANTE Concerto pour cordes no 8 en la majeur « La Pazzia »
    (1684-1755) 1. Allegro – Affettuoso
    2. Affettuoso
    3. Allegro
  3. BOCCHERINI Quintette à cordes en do majeur, op. 30 no 6, G. 324 (1743-1805) « La musica notturna delle strade di Madrid »
    Ave Maria della Parrochia – Ave Maria del quartiere
    Minuetto dei ciechi
    Rosario: Largo assai
    Los Manolos (Chanteurs des rues – Passacaille)
    Variazioni sulla Ritirata Notturna di Madrid : tempo di una lenta marcia
  4. PIAZZOLLA Fuga y misterio (arr. pour cordes de J. Bragato)
    (1921-1992)
    A. PIAZZOLLA Las Cuatro Estaciones porteñas (Les Quatre saisons de Buenos Aires) pour violon solo
    et orchestre à cordes (arr. L. Desyatnikov)
    Verano porteño (l’été)
    Otoño porteño (l’automne)
    Invierno porteño (l’hiver)
    Primavera porteña (le printemps

ANTONIO VIVALDI (1678-1741)

Sinfonia extraite de L’Olimpiade

Allegro – Andante – Allegro – Allegro molto

Combien d’opéras Vivaldi a-t-il écrits ? Personne ne le sait avec certitude. Vivaldi lui-même en revendiquait une centaine. Les spécialistes n’ont réussi à en retrouver que la moitié environ, mais c’est déjà beaucoup. L’Olimpiade date de 1734 et oui, comme le titre l’indique, l’histoire a pour toile de fond les Jeux olympiques — pas ceux qui se déroulent à Tokyo cette année, bien sûr, mais ceux de la Grèce antique. Toutefois, le livret ne porte pas sur les Jeux eux-mêmes, mais sur une série complexe de relations interpersonnelles. L’œuvre a été créée à Venise, au Teatro Sant’Angelo, le 17 février 1734.

L’ouverture ou « Sinfonia » (c’est ainsi qu’on appelait les ouvertures d’opéra à l’époque) se compose de quatre courtes sections reliées entre elles. Dans l’Allegro initial, des lignes agitées, martelées et furieuses, ainsi que de fréquentes et soudaines alternances de passages forts et doux (tels qu’indiqués dans la partition manuscrite) annoncent le caractère combatif de l’histoire qui va suivre. Puis, vient un paisible Andante en mode mineur, suivi de deux épisodes animés en mode majeur, le premier de rythme ternaire, le second de rythme binaire.

FRANCESCO DURANTE (1684-1755)

Concerto no 8 en la majeur pour cordes et basse continue, « La Pazzia »

I. Allegro ̶  Affettuoso

II. Affettuoso

III. Allegro

Contemporain de Bach, Haendel et Vivaldi, Francesco Durante, septième de onze enfants, est devenu l’un des plus éminents compositeurs de la Naples du début du XVIIe siècle, une ville qui comptait alors parmi les capitales musicales du monde. Jean-Jacques Rousseau, dans son Dictionnaire de musique, le qualifie de « plus grand Harmoniste de l’Italie, c’est-à-dire, du Monde. » Contrairement à la plupart de ses contemporains napolitains qui étaient réputés pour leurs opéras, Durante l’était pour sa musique sacrée, laquelle, avec ses huit concertos pour cordes et basse continue, a perpétué sa renommée jusqu’aujourd’hui. Mais si sa musique sacrée était conservatrice, ses œuvres instrumentales étaient tout autres. Composés à la fin des années 1730 et au début des années 1740, ses « concertos pour quatuor » se conforment rarement au genre de l’époque.

Le premier mouvement du Concerto no 8 débute par un vigoureux Allegro qui s’arrête après seulement neuf mesures et est suivi par une cadence pour violon solo, de mesure libre et de caractère presque opératique. Par la suite, on dénombre pas moins de sept alternances de passages marqués Affettuoso et Allegro, les premiers confiés aux altos (une rareté à cette époque) qui jouent le rôle de concertino, les seconds revenant à l’ensemble et comprenant des montées et descentes de gamme virtuoses. Les deuxième et troisième mouvements sont de facture plus traditionnelle, mais le sous-titre du concerto, qui se traduit par « folie » ou « démence », pourrait bien être interprété, dans le premier mouvement, comme l’illustration musicale d’un esprit bipolaire.

 

LUIGI BOCCHERINI (1743-1805) & ASTOR PIAZZOLLA (1921-1992)

LUIGI BOCCHERINI

Quintette à cordes no 60 en do majeur, op. 30, no 6 (G. 324), « La musica notturna delle strade di Madrid », arrangement pour orchestre à cordes

 

Le campane de l’Ave Maria [Les cloches de l’Ave Maria]

Il tamburo dei soldati [Le tambour des soldats]

Minuetto dei ciechi [Le Menuet de mendiants aveugles]

Il Rosario [Le Rosaire] : Largo assai — Allegro — Largo come prima

Passa calle [La Passacaille des chanteurs de rue] : Allegro vivo

Il tamburo [Le tambour]

Ritirata (con variazioni) [La retraite] : Maestoso

 

ASTOR PIAZZOLLA

Fuga y misterio

 

Las Cuatro estaciones porteñas

  •               Otoño porteño (automne)
  •               Invierno porteño (hiver)
  •               Primavera porteña (printemps)
  •               Verano porteño (été)

LUIGI BOCCHERINI (1743-1805)

La plupart des mélomanes connaissent le nom de Luigi Boccherini : c’est le compositeur, contemporain de Haydn, qui a écrit ce fameux petit menuet et un célèbre concerto pour violoncelle. C’est exact, jusqu’à un certain point ; mais en réalité, cela va beaucoup plus loin. Boccherini était extrêmement prolifique. On lui doit plus de 550 compositions, dont 125 quintettes à cordes (le populaire Menuet fait partie de l’un d’eux), près d’une centaine de quatuors à cordes, une soixantaine de trios, trente symphonies et une douzaine de concertos pour violoncelle, sans compter de nombreuses autres œuvres, presque toutes instrumentales. On attribue parfois à Boccherini l’invention du quintette à cordes, ce qui n’est pas tout à fait vrai, bien qu’il ait été le premier grand compositeur à écrire des œuvres importantes pour cette formation. Il reste que son attachement au quintette à cordes, tout comme celui de Haydn au quatuor à cordes, a donné lieu à un imposant catalogue d’œuvres de ce type. On attribue également à Boccherini, à juste titre, le mérite d’avoir formé le premier quatuor à cordes établi et entièrement professionnel. Outre Boccherini au violoncelle, les autres membres en étaient Manfredi, Mardini et Cambini, tous des professionnels de haut niveau.

Boccherini était italien, mais il a passé une grande partie de sa carrière en Espagne, de sorte qu’une composition portant le sous-titre « Musique nocturne des rues de Madrid » ne devrait pas surprendre. Ce quintette (avec deux parties de violoncelle, comme la plupart des quintettes à cordes de Boccherini — quelques-uns ont deux altos) est l’un des rares exemples de musique à programme datant de cette époque. Le compositeur y cherche délibérément à évoquer les images et les sons de la capitale espagnole. Nous entendons, en sept courtes sections reliées entre elles, le tintement des cloches dans le passage d’ouverture (« Ave Maria »), le Menuet des mendiants aveugles, pour lequel la partition indique aux violoncellistes qu’ils doivent placer leurs instruments sur leurs genoux et gratter les cordes comme on le ferait sur une guitare, un « Rosaire » en tempo libre, la Passa calle, qui n’est pas la passacaille italienne (une forme musicale), mais plutôt la description de gens qui, la nuit, s’amusent bruyamment dans les rues (ce passage a été utilisé dans le film Master and Commander [Maître à bord]) et enfin la retraite militaire, qui vient d’abord de loin. Ce dernier segment se retrouve aussi dans plusieurs autres compositions de Boccherini.

 

ASTOR PIAZZOLLA (1921-1992)

Astor Piazzolla, dont nous célébrons le centenaire de naissance cette année, est un nom bien connu de la plupart des connaisseurs de guitare et surtout des amateurs de tango. Plus que tout autre, il a dominé la scène du tango au cours des dernières décennies. La majorité de ses compositions sont des tangos (plus de trois cents), dont plusieurs sont devenus des classiques du genre. Adiós Nonino, une complainte pour son père décédé en 1959, représente son plus grand succès. La contribution la plus importante de Piazzolla au tango a été la synthèse qu’il a réalisée entre la forme de danse traditionnelle et la musique classique grand public. En incorporant des éléments appartenant au jazz, en introduisant des dissonances, des subtilités rythmiques et en adoptant une écriture chromatique, Piazzolla a transformé le tango pour en faire une musique pas seulement à danser, mais une musique à écouter.

Astor Piazzolla est né dans une banlieue de la métropole tentaculaire de Buenos Aires. Toutefois, c’est à New York qu’il a passé son enfance. De retour à Buenos Aires, il a obtenu une bourse pour aller étudier à Paris où il s’est inscrit, sans enthousiasme, à un cours de musique classique avec la légendaire Nadia Boulanger. C’est elle qui découvre son véritable talent, la composition de tangos, et qui l’encourage à suivre cette voie. Piazzolla retourne dans son Argentine natale en 1956, se forgeant d’abord une réputation nationale, puis, dans les années 1980, une renommée internationale avec son Quinteto Tango Nuevo, un ensemble composé d’un bandonéon (un proche parent de l’accordéon, avec soixante et onze boutons répartis des deux côtés du soufflet, mais sans clavier), d’une guitare électrique, d’un violon, d’une contrebasse et d’un piano.

            Fuga y Misterio est extrait de María de Buenos Aires (1968), un court opéra-tango qui amalgame tango, jazz et techniques contrapuntiques apprises par Piazzolla auprès de Boulanger. Fuga y Misterio est composé de deux parties reliées l’une à l’autre : d’abord une fugue construite sur un sujet nerveux et agité, suivi d’un thème lyrique rattaché au personnage de María. En plus du Quinteto Tango Nuevo préexistant, l’orchestration originale comportait un alto, un violoncelle, une flûte, des percussions, un vibraphone et un xylophone, ainsi qu’une deuxième guitare. On en trouve aujourd’hui des douzaines d’arrangements : pour deux pianos, six saxophones, douze violoncelles et pour toutes les sortes d’ensembles imaginables. La version que nous entendons ce soir est due à José Bragato, violoncelliste, compositeur, chef d’orchestre, arrangeur et archiviste musical argentin d’origine italienne, qui a vécu jusqu’à presque 102 ans (1915-2017). Au début de sa carrière, il était violoncelle solo de l’orchestre du Teatro Colón de Buenos Aires. Dans les années 1950, il s’est tourné vers l’univers du Tango Nuevo de Piazzolla, où les solos de violoncelle apparurent pour la première fois dans ce style de musique. Plus tard, Piazzolla a dédicacé à Bragato l’une de ses compositions de tango, Bragatissimo, en reconnaissance de leur amitié et de leur longue collaboration professionnelle.

            Las cuatro estaciones porteñas ont d’abord été écrites pour le Quinteto Tango Nuevo. Depuis, elles ont été arrangées pour piano solo, duo de pianos, trio de pianos, flûte et piano, et pour divers ensembles de musique de chambre. En 1998, le compositeur russe Leonid Desyatnikov les a arrangées pour le même ensemble que Les Quatre Saisons de Vivaldi — un orchestre à cordes avec une partie virtuose de violon solo. Le titre se traduit littéralement par « Les quatre saisons de la ville portuaire », la ville portuaire étant ici Buenos Aires. Il s’agit donc à la fois d’un hommage de Piazzolla à sa ville natale et d’une contribution au vaste répertoire d’œuvres qui décrivent les saisons en musique. Les auditeurs familiers avec l’œuvre de Vivaldi reconnaîtront les passages cités par Piazzolla, mais n’oubliez pas que les saisons à Buenos Aires sont inversées par rapport à celles de Venise ! Ainsi, les références à « L’hiver » de Vivaldi se retrouvent dans « L’été » de Piazzolla.

Contrairement à Vivaldi et à la plupart des autres compositeurs qui ont illustré les saisons en musique, Piazzolla n’a pas conçu au départ ces quatre morceaux comme un cycle. Il a écrit le premier en 1965 pour un ami qui lui avait demandé de composer la musique d’une pièce de théâtre. « Verano porteño » (été, version Buenos Aires) a connu un grand succès, si bien que Piazzolla a continué à écrire ses trois autres « saisons » au cours des cinq années suivantes. Comme la plupart des tangos de Piazzolla et de bien des œuvres inspirées du tango, il se dégage de ces quatre mouvements un sentiment d’abandon, une atmosphère de passion torride, une énergie contenue et une agitation rythmique. Par moments, l’écriture pour cordes se fait percussive, usant d’une étonnante variété d’effets sonores. Abel López Iturbe décrit « La Primavera » comme une musique qui « éclate en cloches multicolores mêlées aux airs romantiques des porteños et aux parfums sous-jacents des fleurs qui caressent chaleureusement la ville. »

 

Notes de programme par Robert Markow