Poésies d'été | Festival de Lanaudière
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Poésies d’été

4 août, 2021

Oeuvres

Artistes

Claude Debussy
Ariettes Oubliées L. 63
1. C’est l’extase
2. Il pleure dans mon coeur
3. L’ombre des arbres

Edvard Grieg
Pièces lyriques op. 43
4. Liden Fugel (Oisillon)

Franz Schubert
Der Lindenbaum, extrait du Winterreise, D. 911
Suleika I, D. 720
Der Einsame, D. 800

Edvard Grieg
Pièces lyriques op. 12
5. Folkevise (Mélodie populaire)

Claude Debussy
Ariettes Oubliées L. 63
4. Paysages belges : Chevaux de bois
5. Aquarelles, 1: Green
6. Aquarelles, 2: Spleen

Franz Schubert
Des Fischers Liebesglück, D.933

Edvard Grieg
Pièces lyriques op. 43
2. Ensom vandrer (Voyageur solitaire)

Olivier Messiaen
Trois Mélodies
1. Pourquoi?
2. Le sourire
3. La fiancée perdue

Edvard Grieg
Pièces lyriques op. 12
1. Arietta

Franz Schubert
Im Frühling, D. 882
Frühlingstraum, extrait du Winterreise, D. 911

Edvard Grieg
Pièces lyriques op. 43
6. Til Foråret (Au printemps)

Mélodies op. 48
6. En Drøm (Un rêve)

Rachel Fenlon, soprano et piano

CLAUDE DEBUSSY (1862-1918)

Ariettes oubliées

 

            C’est l’extase langoureuse

            Il pleure dans mon cœur

            L’ombre des arbres

            Chevaux de bois

            Green

            Spleen

Tout comme pour ses œuvres pour piano, le catalogue des mélodies de Claude Debussy est imposant. Plus de quatre-vingts d’entre elles ont survécu, la plupart datant des jeunes années du compositeur, soit avant le début du 20siècle. Debussy compte parmi les plus grands mélodistes. On lui doit notamment l’introduction dans la mélodie française d’un nouveau degré de sensibilité, de délicatesse et de volupté. Klaas A. Posthuma écrit : « S’il avait été presque exclusivement un compositeur de mélodies, comme Hugo Wolf, il aurait quand même été l’un des personnages les plus authentiques de la musique. L’essence de son tempérament musical se trouve dans ses mélodies, lesquelles révèlent pratiquement tous les aspects de son art. »

Les Ariettes oubliées ont été composées entre 1885 et 1887 et publiées en 1888. Debussy les avait d’abord intitulées simplement Ariettes, mais il ajouta le mot « oublié » lorsque ces mélodies, jusque là négligées, furent rééditées en 1903. Chacune d’entre elles explore, par le texte et la tonalité, le climat d’un poème de Paul Verlaine. La musicalité même des vers du poète a souvent attiré l’attention. Glenn Watkins a noté que « Verlaine a mis en relief le lyrisme de la langue française et a cherché à découvrir dans ses sonorités une nouvelle musicalité qui transcende la syntaxe classique et le lieu commun. »

La première mélodie, « C’est l’extase langoureuse », est lourde de sensualité (« Lent et caressant », lit-on sur la partition.) La langueur habite également la deuxième mélodie, « Il pleure dans mon cœur », mais le thème de l’eau y est encore plus présent. Le célèbre poème de Verlaine entremêle l’image des larmes versées et celle de la pluie qui tombe sur une ville. La mélodie est riche en nuances expressives malgré la faible intensité sonore qui reste le plus souvent pianissimo et ne s’élève jamais au-dessus de mezzo piano. Un parfum d’Orient imprègne « L’ombre des arbres », qui parle d’un voyageur triste et solitaire dont les espoirs sont déçus. « Chevaux de bois » est non seulement le plus long des six mélodies, mais on y trouve les plus grands contrastes d’intensité : du fortissimo initial au piano à l’accord final, que Debussy a marqué pppp. Le texte décrit un manège (d’où les « chevaux de bois » du titre). Des cris, des hurlements et des hoquets ponctuent le mouvement de la musique. Après plusieurs strophes, le tempo ralentit soudainement et l’engin finit par s’arrêter, ne laissant qu’un calme et agréable souvenir. Les cinquième et sixième mélodies traduisent en musique deux des Aquarelles de Verlaine, dont les titres sont à l’origine en anglais et qui, selon les mots d’Oscar Thompson, « sont conçues pour donner l’impression, en vers, des couleurs d’aquarelle. » « Green » est un chant d’amour ardent, tandis que « Spleen » exprime l’anxiété, la mélancolie et le désespoir d’un homme torturé à l’idée que sa bien-aimée puisse un jour le quitter. Vers la fin, la voix monte jusqu’à un si bémol aigu, la note la plus élevée des Ariettes oubliées.

EDVARD HAGERUP GRIEG (1843-1907)

Pièces lyriques (sélection)

 

Liden Fugel (Oisillon), op. 43, no 4

Folkevise (Mélodie populaire), op. 12, no 5

Ensom vandrer (Voyageur solitaire), op. 43, no 2

Arietta, op. 12, no 1

Til Foråret (Au printemps), op. 43, no 6

 

En Drøm (Un rêve), extrait de 6 lieder, op. 48, no 6

Edvard Grieg a été le premier compositeur norvégien à jouir d’une grande renommée internationale. S’appuyant sur l’héritage de la tradition romantique allemande, il a intégré dans sa musique des éléments du style national norvégien : une prédilection pour certains intervalles, les rythmes des danses nationales et certaines tournures mélodiques. À 15 ans, Grieg a d’abord écrit pour le piano. Il avait 19 ans quand, pour la première fois, l’une de ses œuvres fut publiée. Il s’agissait de quelques pièces pour piano. Toute sa vie, Grieg composa pour cet instrument, dont ses dix volumes de Pièces lyriques qui totalisent 66 morceaux et que le critique Michael Kimmelman a qualifiés de « montagne de joyaux négligés. »

Le premier recueil de pièces, l’opus 12, fut publié en 1867 et devint presque immédiatement un best-seller, mais dix-sept ans s’écoulèrent avant la parution d’un deuxième recueil, l’opus 38. À partir de ce moment-là (1884) et jusqu’en 1901, soit six ans avant sa mort, Grieg publia régulièrement un nouveau recueil tous les deux ou trois ans.

Rachel Fenlon a choisi cinq des Pièces lyriques qu’elle a réparties dans son programme en guise de petits intermèdes entre les chants. Chacune de ces miniatures, ou « pièces de caractère », s’attarde, durant quelques minutes, sur une humeur, un aspect de la nature, un pas de danse, une histoire, ou introduit simplement un court motif pianistique. Brian Schlotel les appelle « une immense galerie d’aquarelles dans laquelle prédominent les teintes délicates. »

Pour conclure son programme, Rachel Fenlon propose la chanson « Ein Traum », l’un des rares lieder de Grieg en langue allemande. Des six lieder de l’opus 48, c’est celui dont la forme est la plus libre et qui comporte à la fois la note la plus élevée (la bémol) et l’indication dynamique la plus forte (ff). Grieg a dédié ces lieder à la soprano Ellen Nordgren (Gulbranson), une future Brünnhilde à Bayreuth.

OLIVIER MESSIAEN (1908-1992) & FRANZ PETER SCHUBERT (1797-1828)

Trois Mélodies

Pourquoi ?

            Le Sourire

            La Fiancée perdue

Écrites en 1930, alors qu’il avait 22 ans, les Trois Mélodies sont parmi les premières œuvres de Messiaen. Elles ont été composées sous l’influence de Debussy dont la musique, notamment celle de Pelléas et Mélisande, a incité le jeune Olivier à devenir lui-même compositeur. À l’époque, Messiaen était encore étudiant au Conservatoire de Paris, auprès de Paul Dukas qui lui a décerné, pour ces mélodies, un Premier prix de composition. Elles sont un hommage musical à sa mère, la poétesse Cécile Sauvage, morte de la tuberculose lorsque Messiaen avait 19 ans. Les mélodies traduisent cette perte. Pour la seconde des Trois Mélodies, Messiaen a utilisé un poème de sa mère ; les autres sont de Messiaen lui-même.

Dans « Pourquoi ? » (le mot est entendu quinze fois !), le poète demande pourquoi les beautés de la nature le laissent indifférent. Son langage harmonique sensuel est sans nul doute influencé par Debussy. Melissa Summer, dans sa thèse de doctorat Olivier Messiaen : A Performance guide for selected melodies, écrit : « En modifiant la couleur des accords traditionnels par l’ajout de notes […] Messiaen pouvait créer des flots de sons qui diffèrent des structures harmoniques traditionnelles. […] Ces progressions d’accords sont comme un kaléidoscope. Leurs couleurs, leur profondeur, leurs textures et leur espacement dessinent comme un vitrail sonore. » Summer remarque également que « la perte peut très certainement justifier une pause. Cela se reflète dans la musique, car cette pièce produit un effet plutôt statique, laisse une impression d’infini et, dans la dernière mesure, il n’y a pas de véritable résolution. »

Ne comportant que treize mesures, d’une intensité ne dépassant jamais le pianissimo, « Le Sourire » est un chant d’une exquise finesse et d’une grande retenue. La poétesse décrit l’émotion créée par un seul baiser, lequel entraîne un sourire tremblant.

            « La Fiancée perdue » s’ouvre sur l’image d’une promise, dont la beauté rayonnante se compare à celle de la nature, puis se termine par une prière, suite à son départ de ce monde.

Der Lindenbaum (extrait du Voyage d’hiver)

Suleika

Der Einsame

Des Fischers Liebesglück

Im Frühling

Frühlingstraum (extrait du Voyage d’hiver)

Aucun autre compositeur avant Schubert n’avait autant consacré son talent au lied comme l’a fait ce dernier. Outre la beauté évidente des mélodies, ce qui est magistral dans les lieder de Schubert, c’est le mariage de la poésie et de la musique, jusqu’à devenir une seule et unique forme d’expression artistique. Ses lieder sont la réponse sensible d’un compositeur à la portée poétique des mots, souvent par l’utilisation d’une métaphore musicale qui illustre un élément du poème (bruissement des feuilles, murmure des ruisseaux, roues qui tournent, etc.).

Le premier et le dernier des six lieder interprétés par Rachel Fenlon sont extraits du grand cycle Winterreise (Voyage d’hiver), sur des poèmes de Wilhelm Müller (1794-1827), l’un des chefs de file du romantisme littéraire allemand. Le Voyage d’hiver raconte les pérégrinations d’un poète qui erre, en hiver, dans une campagne morne, songeant à son bonheur passé, malade de désespoir devant la perte d’un amour, résigné à un avenir sans espoir. « Der Lindenbaum » (Le Tilleul) est le lied le plus célèbre du cycle et il est souvent chanté isolément. Pour les enfants allemands, c’est une chanson folklorique qui évoque la douceur et le bien-être de l’enfance. Pour les adultes, elle juxtapose avec précision les rêveries de l’enfance et la dure réalité du présent. « Frühlingstraum » (Rêve de printemps), tout comme « Der Lindenbaum », évoque l’innocence et les beaux rêves de l’enfance.

À une journée d’intervalle, Schubert a composé deux lieder complètement différents, tous deux intitulés « Suleika » et mettant en musique des textes écrits, soit par l’une des amantes de Goethe, Marianne von Willemer, soit par Goethe lui-même (la question n’est pas claire). Le poète s’adresse à une amante absente, dont nous devons imaginer que les messages sont emportés par les brises suscitées par l’écriture pianistique de Schubert. John Reed, dans son incontournable guide The Schubert Song Companion, écrit que « Der Einsame » (Le Solitaire) « est un superbe exemple du don que possédait Schubert pour évoquer non seulement une image visuelle, mais aussi un état d’esprit particulier, au moyen d’un seul motif rythmique. »  Ici, cet état d’esprit est la satisfaction oisive : le poète est assis au coin du feu, méditant sur la journée qu’il vient de passer et se réjouissant de faire des rêves agréables, tandis les grillons lui tiennent compagnie en chantant. « Des Fischers Liebesglück » (Le Pêcheur heureux en amour) est un chant comportant onze strophes (l’un des plus longs de Schubert) qui emprunte le rythme de la barcarolle pour raconter, en des termes séduisants, un rendez-vous galant. On passe de l’anticipation de la rencontre à venir à une béate promenade en bateau alors que les amoureux contemplent le paradis sur terre. « Im Frühling » (Au Printemps) est l’un des grands hymnes au printemps de Schubert. La voix et le piano s’entremêlent étroitement, l’un et l’autre faisant d’abord entendre une musique différente. Il devient rapidement évident que les deux mélodies se rattachent à différentes parties du temps : le thème d’ouverture du piano au passé, la mélodie chantée au présent. Les allusions au passé et au présent alternent tout au long de ce lied exquis et nostalgique.

 

Notes de programme par Robert Markow