Romantisme à la française | Festival de Lanaudière
Faire
un don

Romantisme à la française

31 juillet, 2021

Oeuvres

Artistes

Gabriel Fauré
Pelléas et Mélisande, op. 80 (suite)

Camille Saint-Saëns
Concerto pour violoncelle no 2 en ré mineur, op. 119

Georges Bizet
Symphonie en do majeur

GABRIEL FAURÉ (1845-1924)

Suite de Pelléas et Mélisande, op. 80

I. Prélude

II. Fileuse

III. Sicilienne

IV. La Mort de Mélisande

Finement ciselé et se déroulant dans la nuit des temps, le drame symboliste Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck a été créé à Paris le 17 mai 1893. Ce soir-là, Debussy était dans l’auditoire. Happé par les possibilités musicales de la pièce, il commença presque immédiatement à travailler à son opéra sur le texte de Maeterlinck. Edward Lockspeiser a décrit la pièce comme « un opéra à la recherche d’un compositeur ».

Cinq années plus tard, l’actrice célèbre, Mme Béatrice Stella Campbell commande à Fauré l’écriture d’une musique de scène pour une production anglaise à Londres. (Debussy avait été sollicité, mais avait refusé.) Fauré avait peu de temps à consacrer à cette commande — moins de six semaines, au cours desquelles il avait d’autres responsabilités pressantes. Toutefois, il y arriva en puisant dans des compositions écrites auparavant et en confiant l’orchestration de ses esquisses à un étudiant du Conservatoire, Charles Koechlin. L’ensemble complet de la musique de scène comprenait neuf morceaux de durées variées. Or, même si l’opéra de Debussy était achevé à l’époque, sa première représentation n’a eu lieu qu’en 1902 ; ainsi, c’est la partition de musique de scène de Fauré qui aura été la première musique inspirée du drame de Maeterlinck à être entendue en public. Quant à la Suite en quatre mouvements au programme de ce concert, le chef d’orchestre de sa première exécution (Paris, 1er décembre 1912) était André Messager, qui dix années plus tôt avait aussi dirigé la première mondiale de l’opéra de Debussy.

La musique délicate de Fauré, aux couleurs pastel, évoque admirablement l’ambiance et l’atmosphère voilées de la pièce de Maeterlinck, un monde « d’êtres aux noms étranges qui se meuvent comme des fantômes sur la scène, mystérieux pour nous et non moins mystérieux les uns pour les autres » (Arthur Symons). Fauré saisit parfaitement l’essence de cet univers dans le Prélude, pensif et lyrique. Diverses idées sont combinées, dont celle associée à Mélisande, le Destin et Golaud (le mari de Mélisande), qui est annoncé par un appel de cor lointain.

« Fileuse » introduit l’acte III et révèle Mélisande à son rouet dans une pièce du château. Encore une fois, Fauré présente une évocation magique de la tendre Mélisande par un solo de hautbois exquis qui se déploie sur un accompagnement aux violons imitant le doux ronronnement du rouet. Alfred Cortot a réalisé une transcription pour piano de ce morceau en 1902.

La première musique composée pour la pièce de théâtre fut la « Sicilienne ». En fait, il s’agissait de l’un de ces morceaux « empruntés » que Fauré avait écrits à l’origine pour violoncelle et piano, qui devait être utilisé comme musique de scène pour une production de 1893 du Bourgeois gentilhomme de Molière. Dans Pelléas, il forme le prélude à l’acte II, lors de la scène où Mélisande joue avec son alliance (de Golaud) et l’échappe accidentellement dans le puits auprès duquel Pelléas et elle s’amusent.

La dernière pièce, « La mort de Mélisande », introduit l’acte final, au moment où Mélisande est sur son lit de mort. La douleur exprimée dans la musique funèbre élégiaque est contenue, quoiqu’intensément poignante et profondément ressentie. Il convient de noter l’utilisation par Fauré de deux flûtes à l’unisson dans le registre grave, ce qui crée un effet sombre sans recourir à la lourdeur des cuivres ou à la texture dense des cordes. Cette musique a été jouée lors de la procession funèbre du compositeur.

CAMILLE SAINT-SAËNS (1835-1921)

Concerto pour violoncelle n2 en ré mineur, op. 119

I. Allegro moderato e maestoso  ̶  Andante sostenuto

II. Allegro non troppo — Cadenza — Molto allegro

 

 

Le Concerto pour violoncelle no 1 de Saint-Saëns compte parmi la douzaine de concertos les plus populaires du genre dans le répertoire. A contrario, son Concerto pour violoncelle no 2 est plutôt obscur. La seule interprétation préalable par l’OSM a eu lieu en 1991, avec Patrick Binford comme soliste à l’aréna Maurice Richard. L’année 2021 étant le centenaire de la naissance du compositeur, il apparaît tout à fait opportun que nous ayons la rare chance d’entendre cette œuvre magnifique.

Saint-Saëns avait une estime particulière pour le violoncelle. En plus des deux concertos, il a écrit deux sonates et quelques pièces courtes avec piano et orchestre pour cet instrument, sans oublier « Le cygne » du Carnaval des animaux. En fait, on peut considérer le Concerto pour violoncelle n2 comme une musique du XXe siècle, du moins en termes chronologiques, puisqu’il a été composé en 1902, trente ans après le Concerto no 1. Toutefois, le style et l’esprit de l’œuvre demeurent très conservateurs, comme presque tout ce que le compositeur a écrit durant sa très longue vie (Brahms n’avait que deux ans lorsqu’il est né, et à sa mort à l’âge de 86 ans, Schoenberg avait déjà lancé l’atonalité). Si le premier concerto séduit immédiatement par sa mélodie, le second est beaucoup plus virtuose. Lorsque l’œuvre a été choisie comme pièce de concours pour les étudiants du Conservatoire en 1917, le compositeur a fait la remarque prophétique suivante : « elle ne sera jamais aussi connue que la première, car elle est trop difficile ».

Saint-Saëns a dédié le concerto au compositeur et violoncelliste néerlandais Joseph Hollman (1852-1926), qui vivait alors à Paris, et avec qui Saint-Saëns se produisait souvent en concert en tant que pianiste. Hollman a donné sa première représentation au Conservatoire de Paris le 5 février 1905.

Le concerto est en deux mouvements amples, comprenant chacun deux parties. En termes de structure, l’ouverture allegro moderato e maestoso ne constitue pas un mouvement complet. Après quatre minutes, elle s’interrompt après la présentation de ses deux thèmes : le premier rythmique et solide, le deuxième plus lyrique. Le premier est répété en termes variés et confère ainsi une forme ternaire simple (A-B-A) à la musique. Vient ensuite l’Andante sostenuto, semblable à une sérénade, caractérisée par le lyrisme de Fauré et par de nombreuses touches colorées provenant des bois. La tonalité de mi bémol majeur est un choix inusité pour le passage, encadré par de la musique en mineur. La première partie du second mouvement, rapide et furieuse, culmine par une cadence au style récitatif (« parlant »). Les dernières notes de la cadence propulsent le violoncelle dans la stratosphère, celui-ci jouant des notes très aiguës, en l’occurrence même pour un violon. La dernière section du concerto, brève et entraînante, reprend le matériel d’ouverture, maintenant en mineur.

GEORGES BIZET (1838-1875)

Symphonie en ut

I. Allegro vivo

II. Adagio

III. Allegro vivace

IV. Allegro vivace

 

L’histoire de la musique est parsemée de compositeurs exceptionnellement précoces, des créateurs qui ont produit des œuvres éminemment acceptables alors qu’ils étaient encore de jeunes enfants et des chefs d’œuvres alors qu’ils étaient adolescents (on peut penser à Mozart, Berlioz, Mendelssohn, Saint-Saëns et Korngold), mais personne ne croyait que Bizet comptait parmi ceux-ci. Du moins, pas jusqu’en 1933, lorsque sa Symphonie en ut fut révélée, 78 ans après sa composition.

L’œuvre est venue bien près d’être reléguée aux « oubliettes historiques ». Elle a été écrite en l’espace d’un mois vers la fin de 1855, mais Bizet n’avait pas la confiance nécessaire pour la présenter devant public. Après sa mort, elle fut remise, ainsi que d’autres manuscrits, dans les mains de son ami et compositeur Reynaldo Hahn, qui n’en fit rien. Elle finit par se retrouver dans les archives de la bibliothèque du Conservatoire de Paris. La symphonie y fut « découverte » par le biographe de Bizet, D.C. Parker, qui l’a reconnue pour ce qu’elle était : un chef-d’œuvre complété, écrit par un jeune homme qui venait tout juste d’avoir dix-sept ans (la date est écrite dans la partition manuscrite). La théorie jusqu’alors admise selon laquelle Bizet était un artiste lent à démarrer n’était manifestement plus valable. Parker a porté la symphonie à l’attention du chef d’orchestre Felix Weingartner, qui en a donné la première mondiale le 26 février 1935 à Bâle. La partition est également bien connue des amateurs de ballet comme la Symphonie en ut, chorégraphiée par George Balanchine en 1947.

L’ouverture vive et arpégée pour cordes à l’unisson, les changements abrupts de dynamiques et le ton militaire font penser à Beethoven. La tonalité, en do majeur, est également celle que Beethoven a choisie pour sa première symphonie. De longs crescendo à la Rossini (l’un des compositeurs préférés de Bizet) et des touches orchestrales habiles rappelant Mendelssohn émergent des pages de la partition. Cependant, c’est sans doute Schubert qui vient le plus à l’esprit (bien que Bizet ne connût pas ses symphonies), tant pour le second thème lyrique et enchanteur au hautbois, que pour les extensions inattendues et fréquentes des thèmes dans d’autres tonalités. En dépit de ces échos du passé, la musique impressionne par sa spontanéité juvénile, son inventivité mélodique et son caractère dynamique.

Le deuxième mouvement est le plus caractéristique de Bizet et généralement considéré comme le véritable joyau de la symphonie. Le premier thème, long, sensuel et poignant, offre au hautbois l’un de ses solos les plus appréciés de tout le répertoire. Son caractère légèrement oriental apparaît à maintes reprises dans les œuvres subséquentes de Bizet. Une section fuguée construite à partir du matériel d’introduction constitue la portion centrale du mouvement. Le Scherzo, badin et robuste, partage son thème principal avec la section du Trio, où le thème devient plus lyrique et se superpose à un effet de bourdon, évoquant une danse rustique. Quant à la finale, il s’envole avec une agilité et un esprit exubérant typiques de Mendelssohn, concluant la symphonie de manière joyeuse et turbulente.

 

Notes de programme par Robert Markow