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DIRECTEUR
ARTISTIQUE
À propos de renaud loranger
Directeur artistique du Festival de Lanaudière depuis 2018, Renaud Loranger entretient un lien de longue date avec l’institution et avec la région qui l’ont vu grandir. Musicologue et historien de l'art de formation, producteur des enregistrements de certains des plus grands artistes de notre époque, il s’intéresse autant aux œuvres qu’aux contextes dans lesquels elles prennent vie. Son parcours dans le milieu musical lui a permis de développer une approche attentive du répertoire, des artistes et de l’expérience offerte au public, avec le souci de faire dialoguer l’héritage de la musique classique avec la sensibilité d’aujourd’hui. À travers le programme du Festival, il propose chaque saison un fil conducteur qui devient vecteur de sens, et permet d’aborder la musique sous un angle renouvelé. Sans chercher à imposer une lecture unique, cette thématique invite plutôt à créer des rapprochements entre les œuvres, les époques, les interprètes et les émotions qu’ils suscitent. Le texte qui suit présente les réflexions qui ont guidé cette édition, et ouvre une fenêtre sur l’esprit dans lequel elle a été imaginée.
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La perspective d'un été lanaudois riche de promesses et de découvertes, fécond de rencontres uniques et d'émerveillement s'offre à nous une fois de plus, alors que nous dévoilons la nouvelle saison du Festival, fruit d'une réflexion menée pour vous au cours de la dernière année. Le dialogue qui s'établit avec les oeuvres maîtresses d'hier et d'aujourd'hui, par le miracle renouvelé du travail des interprètes, s'oriente autant vers le passé, vers ses leçons imprescriptibles, qu'il se veut le reflet d'un présent bouleversé, interrogeant nos certitudes et nous forçant à regarder le monde tel qu'il est. Au sentiment d'impuissance qui peut surgir face au chaos et au fracas de notre temps, nous opposons la beauté et la fraternité comme ultimes valeurs.
Cette année, et pour la seconde fois de leur jeune histoire, ce sont Nicolas Ellis et son Orchestre de l'Agora qui posent le cadre des quelques semaines que nous passons ensemble, conjurant les forces primales du Sacre du printemps et l'inscrivant dans une grande fresque en forme d'ode à la nature, à la terre nourricière et au prodige de la vie. Les chants de gorge inuits qui précèdent l'exécution de ce rite païen, aux origines ancestrales, émanent de notre environnement même et deviennent la narration d'une mémoire partagée.
Rendez-vous désormais attendu et incontournable, la présentation d'un opéra en concert par Yannick Nézet-Séguin en avant-première du Metropolitan de New York pose, avec Macbeth, la question du pouvoir, de la fascination qu'il exerce sur l'âme humaine, des splendeurs et – surtout – des malheurs incommensurables qui en découlent. Verdi, et Shakespeare avant lui sondent ainsi un mystère aussi profond qu'éternel, dont la noirceur magnétique et irrésistible nous fait entrevoir le néant.
Antinomie absolue du despote écossais, la figure du Roi-Soleil, monarque éclairé et mécène humaniste célébré comme tel par les "arts florissants" rassemblés autour de lui, La Peinture, La Musique, L'Architecture, La Poésie…est le vrai protagoniste du spectacle que nous amènent William Christie et sa troupe en première canadienne. Vibrante exhortation à la paix, mise en musique d'un texte confondant d'actualité et chef-d'œuvre méconnu de la France pré-révolutionnaire, ses bienfaits nous appartiennent pleinement, et nous ramènent à une version antérieure de nous-mêmes. Par la langue, par le théâtre, par la danse, ils nous guident vers la continuité historique.
Le pouvoir comme thème central de notre quarante-neuvième édition s'incarne également dans les concerts que nous offre l'Orchestre symphonique de Montréal. D'une part, avec cette Dixième de Chostakovitch devenue l'une des spécialités de Rafael Payare, et dont les couleurs froides et les textures tranchantes peignent le monstre Joseph Staline et son régime tyrannique; d'autre part, avec une Vie de héros dans laquelle Strauss se met lui-même en scène, démiurge salvateur autoproclamé, miroir de nos fantasmes comme de nos obsessions. Enfin, Les Violons du Roy et Bernard Labadie, fidèles parmi les fidèles, nous reviennent avec un compendium des plus beaux portraits de femmes de Mozart. La Comtesse, Donna Anna, Vitellia…sont les protagonistes agissantes et déterminantes d'opéras comptant parmi les plus grands chefs-d'œuvre de tout le répertoire, dont la vérité théâtrale et humaine traverse les siècles. Leur création correspond à une période d'effervescence intellectuelle et politique exceptionnelle en Europe, à l'orée de la Révolution française, et nous interpelle aujourd'hui de la même manière, sinon plus encore qu'en leur temps, la distance historique leur conférant force et clarté.
Nous sommes fiers de vous proposer des concerts mettant en vedette des artistes fêtés de par le monde, et qui s'arrêtent chez nous pour la première fois. C'est le cas notamment de la pianiste Saskia Giorgini ou encore de la soprano Hanna-Elisabeth Müller, toutes deux dans leurs débuts au Canada. Quant à Stéphane Denève, Clemens Schuldt, Bruce Liu, Christian Blackshaw, Avi Avital ou Julie Fuchs, ils rejoignent la famille élargie du Festival, pour notre plus grand bonheur. Impossible, finalement, de ne pas évoquer le retour de Matthias Goerne, de Veronika Eberle, de Jean-Yves Thibaudet, d'Alisa Weilerstein, de Charles Richard-Hamelin, de l'Orchestre symphonique de Québec, d'I Musici de Montréal ou encore celui de "notre" Marie-Nicole Lemieux, trop longtemps absente de nos scènes, et qui viennent compléter une liste d'invités parmi les plus prestigieux qui soient.
Les artistes n'augmentent pas seulement l'époque de leur intelligence : leur vocation correspond au degré supérieur de l'éthique. Alors que les points d'équilibre et d'inflexion de notre vie commune s'estompent trop souvent, une chose me semble évidente, en laquelle je me permets d'emprunter à Albert Camus une phrase simple et sans équivoque: tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude. Puissions-nous ensemble demeurer clairvoyants et ne pas dévier de notre route.
Bon Festival!